Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Ministre recherche bouc émissaire désespéremment ...

medium_sarko_vengeur_masque.jpgLa récente mise en cause des juges de Bobigny par Nicolas Sarkozy est indigne, mais cette violence a une explication : le bilan de son action.
Car paradoxalement celui qui désire tant incarner l'avenir, risque d'être victime de son présent et de son passé. Il est comptable d'un bilan (la rupture est sur ce sujet difficile !), le sien,  qui risque fort de devenir préoccupant dans les prochains mois .
La droite prétendait réduire l'insécurité, or cette derrière a non seulement augmenté depuis l'abandon de la police de proximité mais a dégénèré en violence urbaine. Rappelons que l'Etat d'Urgence a été déclaré sur notre pays de nombreux mois. Qu'aurait déclaré l'actuel Ministre de l'Intérieur et sa majorité si ce bilan était celui d'un gouvernement de gauche !
Dans la période de pré campagne électorale que nous vivons, deux faits viennent de mettre le feu aux poudres :  l'agression de deux CRS dans la cité des Tarterêts et la parution (tardive ?) d'une note "confidentielle" de Jean-François Cordet, Préfet de Seine-Saint-Denis au Ministre.

Ce Préfet s'alarme,  pour la 4eme fois cette année, de la montée de la délinquance dans son département, et évoque un certain nombre de raisons. Des raisons qu'il convient d'analyser avec sérénité, d'autant que le Ministre de l'Intérieur, n'en privilégie curieusement qu'une ...

 

 

 

Depuis début de 2006, en Seine-Saint-Denis les violences contre les personnes ont progressé de 14,11 %, les vols avec violences augmenté de 22,62 %, les vols avec armes blanches de 16,19 % et la part des mineurs dans la délinquance de voie publique est passée de 44,23 à 47,67 %.
Plus grave, la Seine Saint Denis n’est pas un cas isolé, sa situation est partagée, à des degrés divers, dans 27 autres départements (dont la Seine et Marne) qui ont vu les violences contre les personnes dépassé 10% de hausse au premier semestre. Mêmes symptômes : mineurs récidivistes, divergences de vues avec les tribunaux, aggravation des violences intrafamiliales, alcool. Selon l'Observatoire national de la délinquance (OND), les atteintes volontaires à l'intégrité physique ont augmenté de 6,7 % entre août 2005 et août 2006 et progressé de près de 80 % en 10 ans.

Bien sur, en matière de sécurité, il faut se montrer prudent avec les statistiques. Plus on facilite le dépôt des plaintes et l'on améliore l'accueil des victimes, plus les statistiques augmentent, chaque responsable politique le sait; mais nous ne sommes malheureusement pas dans cette situation. La prise de température est moins fréquente depuis l'abandon de la Police de proximité (il n'y a qu'à vouloir aller déposer plainte actuellement dans un Commissariat) et les chiffres augmentent pourtant !

 

Baisse des effectifs et modes opératoires

La justice est l'unique cause citée par le Préfet retenue officiellement par le Ministre de l'Intérieur qui n’y est pas allé par quatre chemins, l'accusant de «démissionner» face aux délinquants. Pour Jean-Pierre Rosenczveig,  Président du tribunal pour enfants de Bobigny, il est "démagogique" de se focaliser sur cette institution.
"Il s'agit avant tout d'un problème policier. On ne connaît qu'un fait de délinquance sur cinq, le taux d'élucidation tourne autour de 30 % et la rotation des personnels, comme dans l'enseignement d'ailleurs, est trop élevée." Bobigny enregistre "un des taux de défèrement les plus élevés de France". Nous reviendrons dans une prochaine note sur cette délicate question qui mérite un autre traitement que celui infligé par certains médias ou politiques dont notre super Ministre de l'Intérieur.


Le Préfet a cependant abordé dans sa note d'autres pistes "oubliées" apparemment par Sarkozy et n’ayant donné lieu à aucune déclaration officielle, car beaucoup plus embarrassante.

En Seine Saint Denis, la population augmente et le nombre de fonctionnaires affectés à la sécurité publique diminue. Ce  département connait un nombre record de "sujetions" (missions exceptionnelles) qui mobilisent une partie importante de ses effectifs : tribunal, centre de rétention administratif de Bobigny, Stade de France, sécurisations nécessitées par les visites ministérielles (150 par an). Des activités supplémentaires qui diminuent d’autant la capacité d'intervention sur la voie publique.
La baisse des effectifs destinées à la sécurité publique, est constatée dans de nombreux commissariats. La direction générale de la police nationale (DGPN) a publié sur ce sujet un communiqué intéressant : certes une augmentation de 12,24 % des effectifs depuis janvier 2002; mais qui concerne surtout la police aux frontières (PAF) et les compagnies républicaines de sécurité (CRS) !

La question des « sujétions » (vacations exceptionnelles) évoquées par le Préfet n'est pas anodine ou secondaire. Lorsqu'elles se multiplient, elles occasionnent beaucoup de contraintes de gestion des personnels. Je me souviens que lors d’une conversation, un des précédents Commissaires de Meaux avait évoqué devant moi l’impact des visites ministérielles successives sur le travail de ses hommes et sur la sécurité publique, remarque qui m'avait à l'époque surpris.

 

D'autres causes évoquées portent sur la gestion des services :
- ‘l'extrême jeunesse des commissaires" du département, leur turn over. Non seulement, les forces de police ne sont pas plus nombreuses mais l'encadrement est jeune, peu expérimenté et quelquefois trés éloigné culturellement et socialement de la population des quartiers dont ils ont la charge. Un constat valable pour tous les corps d'Etat (Education nationale, Justice ...).
- les modes d'intervention des compagnies républicaines de sécurité (CRS), basés sur les contrôles d'identité essentiellement
- "la difficulté de fonctionnement conjoint sécurité publique et CRS, chacun tentant de reporter sur l'autre l'inefficacité des mesures de sécurité".

J'insiste sur le poids pris dans cette tendance par la décision d'abandonner le concept de la Police de proximité (qui n'est ni de gauche, ni de droite). Cette décision  n'a pas été sans incidence sur les émeutes de novembre dernier et sur ses résultats inquiétants.
Cette démarche globale est au centre de la réflexion sur la sécurité et permet d'aborder plusieurs problématiques : affectation et utilisation de moyens matériels et humains, collaboration entre les différents acteurs de la sécurité (on n'oppose pas justice et police, bien au contraitre), modes opératoires sur le terrain axés non sur le spectaculaire mais sur une action quotidienne.
Actuellement les jeunes savent qu'il y a des descentes de police, ils savent aussi qu'entre deux interventions, ils sont tranquilles. 

L'attente des habitants et des élus est d'avoir une police qui lutte, aussi sur le terrain contre la délinquance, et non qui se limite aux seules interventions routières, derrière un stop à guetter la faute de l'automobiliste (ceinture, timbres assurances ...). Il faut renouer au plus vite avec les priorités du terrain et donner aux Commissaires les moyens d'actions matériels et humains le permettant !

 

La question sociale

Les causes des émeutes dans les banlieues de novembre 2005, sont toujours présentes, la jeunesse est en tension. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler de l'ambiance particulière, trés perceptible, régnant  lors des manifestations "d'enthousiasme" suscitées par les victoires de l'équipe de France durant la Coupe du Monde. Des tabous sont tombés, des repères se sont effacés.
La situation de certains quartiers devient préoccupante et surtout contagieuse, atteignant des petites villes, à priori sans histoire. La dégradation et la violence urbaine devient un effet de mode. Nous assistons à une montée des violences et d'un sentiment d'impunité chez les jeunes; que ce soit à l'école (relayé trop souvent par les parents) ou dans la cité. Il est urgent de réagir au plus vite.
Le terreau devient propice à beaucoup de dérives. Le Préfet de Saint Denis  s'inquiète de l'influence grandissante des intégristes dans les quartiers, surfant sur les difficultés des jeunes et l'aggravation des inégalités, de plus en plus perceptible et sensible car exacerbés par notre société de consommation.
Le plus préoccupant se passe dans la tête de jeunes, de moins en moins agés... Nou sommes passés du Lycée au COllège et maintenant les écoles de la république sont concernés. Les émeutes de novembre dernier ont libéré trop d'interdits, il n'ya plus de repères.

 

Du poids des mots et de la gesticulation médiatique en matière de sécurité.

Ne pas reconnaitre ces faits et se limiter à une seule attaque en règle contre la justice est irresponsable.  Comme l'a écrit un journaliste : "Il est plus simple de jouer sur les mots que de traiter les maux", définition qui va comme un gant à Sarkozy.
La gesticulation médiatique, le poids des mots ( Karcher et racaille pour les jeunes, démission pour les juges ), le choc des images l'occupe plus que l'action quotidienne sur le terrain. Son bilan est à l'unisson, c'est ce dernier à quelques mois d'une échéance capitale qui  l'inquiète et doit être la cause de sa poussée d'urticaire.
Le rôle d'un Ministre de l'Intérieur est de lutter contre l'insécurité, non de la provoquer, de défendre les forces de l’ordre, non de les mettre dans des situations inextricables sur un terrain difficile du fait de dérapages sémantiques et d'attitudes provocatrices.

Il est temps de changer de braquet en matière de sécurité, sans anathème mais avec du concret. La problématique de la sécurité ne doit plus diviser les élus de droite et de gauche, devenir enjeu électoral et jeu politicien. Il faut résoudre les problèmes sans tabous, se montrer à la hauteur de l'enjeu.

L'actuel problème de Sarko, est que son bilan le rattrappe, du fait de ses contradictions, ses déclarations, ce qui pour un adepte de la rupture est un comble. Il lui fallait absolument trouver comme porte de sortie, un bouc émissaire. La justice a fait l'affaire, quoi de plus silmple ?

La fuite en avant est lancée, tout est à craindre désormais.

 

 

Notes précédentes sur ce thème :

Sécurité : l'électrochoc Sego

stand the ghetto

De l'art de manier le karcher avec discernement

 

 

 

 

 

Commentaires

  • Hoctus est mort, vive Hoctus !

Les commentaires sont fermés.