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01/05/2008
Rigueur ... la cigale et les fourmis
Comme beaucoup de mes concitoyens, j'ai regardé le Président Sarkozy, jeudi dernier, émission qui m'a laissé pour le moins perplexe. Certes ce dernier admet enfin certaines erreurs, mais elles ne sont selon lui que de communication ! Aveu surprenant lorsque l'on connait les moyens et la logistique dépensées pour cette dernière !
La remise en cause s'est arrété à ce constat ! Les mauvais résultats enregistrés actuellement qu'ils soient économiques ou sociaux ne peuvent lui être imputables (prix du baril de pétrole, crise des matières premières, subprimes ...) vu que toutes ces causes pour lui étaient impossibles à déterminer quelques semaines auparavant ( ?)
Une précision, tout d’abord, l’objectif de cette note n’est pas de dire que tout est parfait et que rien n’est à améliorer.
Nul ne peut remettre en cause la nécessité de réformer l'Etat, afin ne serait ce tout simplement que de le mettre au diapason de l'évolution de la société et du pays (transformation du paysage institutionnel, révolution des techniques de communication, évolution démographique ...). L’administration publique n’a pas d’alternative, elle doit évoluer pour répondre au meilleur cout aux besoins de nos concitoyens et du pays et bénéficier des gains de productivté permis par l'évolution technologique.
L'idée de performance n'est pas tabou, loin s'en faut, encore faut il que le maitre mot soit la qualité du service rendu au meilleur prix.
Je reviendrais sur ce thème car beaucoup est à en dire, d’autant que je reste intimement convaincu que les infrastructures et les services sont pour un pays tel que le notre des avantages concurrentiels avant que d’être des charges; encore faut il que l’euro d'impôt dépensé soit un euro utile.
Auijourd’hui, je veux réagir sur deux points abordés par Sarkozy lors de son show télévisé : l'augmentation du déficit et la politique de rigueur engagée par ce gouvernement.
Au regard de la réalité des faits, l'action engagée par ce gouvernement me rappelle le titre d’une célèbre fable de La Fontaine, qui n’est pas « Le lièvre et la tortue » (quoique !) mais plutôt « La cigale et la fourmi » ...
« Faut pas prendre les enfants du bon dieu pour des canards sauvages"
Michel Audiard
Quand la bise fut venue
"La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :"
Sur la question essentielle du déficit des finances publiques, il est inadmissible qu'un homme politique de première importance, membre éminent de tous les gouvernements Raffarin et Villepin qui se sont succédés, à des postes de premier plan (Ministre de l'Intérieur et du Budget) découvre brusquement en avril 2008 son ampleur, lorsqu'il accède aux plus hautes responsabilités.
De qui se moque t’il ?
Force est de constater pourtant que ce gouvernement dés ses premiers jours de responsabilité, malgré un contexte économique incertain a pris des décisions lourdes de conséquences qui ont contribué à creuser le déficit (le bilan 2007 est éloquent sur ce sujet) mais également dans le même temps aggravé lourdement les inégalités entre français !
Le paquet fiscal s'est révélé une erreur économique, sociale et politique et son onde de choc n'est pas prête de s'arrêter, vu le mauvais état des finances publiques. Cette mesure idéologique risque même, un comble, de mettre à mal la mise en place de certaines réformes pourtant essentielles, faute de moyens financiers !
Les dangers de cette mesure avaient été dénoncée en leurs temps, c’était l'époque ou Superman, himself (Sarkozy), allait arracher à l’économie mondiale le point de croissance indispensable ... Volontarisme, mensonge ou inconscience ?
Tout gestionnaire sérieux, et pas forcement de gauche sait pourtant qu'en période de déficit avant de diminuer les recettes, on y réfléchit à deux fois. Car Sarko a beau dénoné un brin désabusé "les caisses de l'Etat sont vides", personne n'oublie qu'il a contribué à les vider, le paquet fiscal est la meilleure illustration d'une gestion à contre temps !
Où sont passés les 15 milliards ?
Avec le paquet fiscal, Sarko applique la logique de Robin des bois, mais à l’envers : il prend l’argent des pauvres, des classes moyennes ou populaires pour le donner aux possédants et aux riches.
Il s’agit ici d’une lecture inédite de la fracture sociale (excusez, je n'ai toujours pas digéré la franchise médicale !) et la mise en place d’une première mondiale : le Keynesianisme pour les possédants (dixit les Gracques) ...
Car pour relancer la demande par la consommation (c’était théoriquement l’objectif) encore faut il ne pas se tromper de public cible.
Ou cela devient scandaleux, c'est qu'au lieu d’annoncer clairement la couleur et d’assumer ses choix, le gouvernement entretient la confusion ... Ce qui explique en partie les nombreux « couacs » enregistrés ces derniers mois, qui ne sont pas que des erreurs de communication !
Mais où sont passés les 15 milliards (en fait 14,8 milliards) de la Tepa (travail, emploi, pouvoir d’achat) qui devaient créer le fameux "choc de confiance" ?
Rapide décompte :
6,63 milliards ont été consacrés à une mesure emblématique : la défiscalisation des heures supplémentaires, illustration concrète du fameux "Travailler plus, pour gagner plus". Aucune certitude sur le réel impact sur les fiches de paie ; un grand nombre de ces heures auraient été faites, mais ce ne sont pas les précaires, les intérimaires ou les chômeurs qui les accompliront ...
C’est une redistribution des exclus du marché du travail vers les titulaires d'un emploi.
3,7 milliards : déduction des intérêts d’emprunt des primo-accédants. Cette mesure ne s'adresse pas aux contribuables «les plus modestes", ne concerne pas les locataires et ne contribue en rien à diminuer le prix du logement. Une occasion de manqué car c'est certainement ici que l'Etat peut le mieux intervenir directement sur le pouvoir d'achat des Français. Le montant des loyers, même sociaux prend de plus en plus d’importance dans le budget des français. Pour faire baisser ce cout, une nécessité : construire. Encore faut il privilégier l'aide à la construction de logements aidés, aux locataires (et non allocataires) plus qu'aux propriétaires. Or c'est une toute autre option qu'a privilégié ce gouvernement.
C’est une redistribution des exclus du logement et des locataires vers les propriétaires
2,27 milliards pour une nouvelle exonération des droits de succession. Rappelons que les petites successions étaient déjà exonérés. Avec cette mesure la France devient un paradis fiscal pour l'héritage (dixit Les Gracques, qui ne sont pourtant pas de dangereux collectivistes !). Une décision similaire à celle prise par Georges Bush qui avait déclenché la colère de certains entrepereneurs (Warren Buffet (qui voulait pour ses enfants «donner suffisamment pour qu'ils puissent tout faire, mais pas assez pour qu'ils puissent ne rien faire», Bill Gates ...)
C’est une redistribution des revenus du travail vers les revenus de la rente
650 millions : le fameux bouclier fiscal. L'erreur de communication reconnue par le Président.
530 millions d’aménagement pour l’ Impôt de Solidarité sur la Fortune
Et voilà 15 milliards partis dans la nature … Ou sont les conséquences bénéfiques pour notre économie et pour la réduction de nos déficits ?
Ce gouvernement a dépensé avant de réformer, ceci faisant il n’a plus d’argent pour accompagner les perdants des réformes lancées ou les changements amorcés.
Pire, la réforme avant que d’être un moyen devient une fin, non pour améliorer l’efficacité de l’Etat, mais pour réaliser des économies destinée à combler en partie les pertes dues au paquet fiscal.
Car les 5 milliards d’économies visées d’ici 2011, ne représente qu’un tiers de ce paquet, moins du dixième des déficits publics, les seules pertes de la Société Générale à cause de Kyriel.
En ajoutant les seuls aménagements de l’ISF et l’allégement des droits de succession, les besoins de financement du RSA (revenu de solidarité active) étaient couverts sans toucher à la Prime pour l’emploi !
Economies : l'exemple vient il dans haut ?
A signaler l’excellent article de Challenge (hebdomadaire économique bien connu) de la semaine passée consacré à une rigueur à géométrie variable (nous y reviendrons); si l’actuel Président et ses ministres sont doués dans l’art de donner des leçons à la Planète entière, notamment sur la thématique des dépenses publiques, ils le sont beaucoup moins pour mettre en pratique leurs principes …
Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais pourrait être la devise du Président Bling Bling …
Cet article revient sur le train de vie de l'Elysée, supérieur désormais à 100 millions d’euros, certains choix immobilier de ministres (Brice Hortefeux notamment), le renouvellement de la flotte aérienne présidentielle, le nombre de ministres, secrétaires d’état et de leurs collaborateurs (qui sont doublés à l’Elysée ) …
Un article instructif, car Challenge donne dans le factuel, non dans le sensationnel (rien sur les frais de « communication » de Rachida Dati par exemple) ce qui est rassurant !
Comme quoi le "tournant de la rigueur" est surtout à prendre pour les autres ...
Le Lièvre et la Tortue
Rien ne sert de courir ; il faut partir à point.
Le Lièvre et la Tortue en sont un témoignage.
Gageons, dit celle-ci, que vous n'atteindrez point
Sitôt que moi ce but. - Sitôt ? Etes-vous sage ?
Repartit l'animal léger.
Ma commère, il vous faut purger
Avec quatre grains d'ellébore.
- Sage ou non, je parie encore.
Ainsi fut fait : et de tous deux
On mit près du but les enjeux :
Savoir quoi, ce n'est pas l'affaire,
Ni de quel juge l'on convint.
Notre Lièvre n'avait que quatre pas à faire ;
J'entends de ceux qu'il fait lorsque prêt d'être atteint
Il s'éloigne des chiens, les renvoie aux Calendes,
Et leur fait arpenter les landes.
Ayant, dis-je, du temps de reste pour brouter,
Pour dormir, et pour écouter
D'où vient le vent, il laisse la Tortue
Aller son train de Sénateur.
Elle part, elle s'évertue ;
Elle se hâte avec lenteur.
Lui cependant méprise une telle victoire,
Tient la gageure à peu de gloire,
Croit qu'il y va de son honneur
De partir tard. Il broute, il se repose,
Il s'amuse à toute autre chose
Qu'à la gageure. A la fin quand il vit
Que l'autre touchait presque au bout de la carrière,
Il partit comme un trait ; mais les élans qu'il fit
Furent vains : la Tortue arriva la première.
Eh bien ! lui cria-t-elle, avais-je pas raison ?
De quoi vous sert votre vitesse ?
Moi, l'emporter ! et que serait-ce
Si vous portiez une maison ?
La Cigale et la Fourmi
La Cigale, ayant chanté
Tout l'été,
Se trouva fort dépourvue
Quand la bise fut venue :
Pas un seul petit morceau
De mouche ou de vermisseau.
Elle alla crier famine
Chez la Fourmi sa voisine,
La priant de lui prêter
Quelque grain pour subsister
Jusqu'à la saison nouvelle.
"Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'Oût, foi d'animal,
Intérêt et principal. "
La Fourmi n'est pas prêteuse :
C'est là son moindre défaut.
Que faisiez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à cette emprunteuse.
- Nuit et jour à tout venant
Je chantais, ne vous déplaise.
- Vous chantiez ? j'en suis fort aise.
Eh bien! dansez maintenant.
19:09 Publié dans Politiques ... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ps, politiques, eco-citoyennete, trilport, pays de meaux, environnement, développement durable


Commentaires
Petite précision sur la "défiscalisation" des heures supplémentaires.
Certes, ces dernières ne rentrent pas en compte pour le calcul de la base d'imposition.
Par contre, elles sont comptablisées pour l'attribution de la Prime Pour l'Emploi (PPE). Or, la PPE n'est pas versée lorsque le revenu d'activité dépasse un certain seuil.
Ceci entraîne le phénomène suivant: un salarié, qui autrefois bénéficiait de ce crédit d'impôt en raison de la perception d'un salaire annuel proche du SMIC, sera à partir de l'imposition 2007 exclu du champ d'appication du dispositif; ces revenus majorées par les heures supplémentaires dépassant le seuil d'attribution.
Le SMICard gagne donc d'un côté ce qu'il perd de l'autre.
Voilà là un système bien pervers...... qui permet à l'Etat de se soulager d'une partie de la charge représentée par la PPE.
Mais, parallèlement, ce même Etat fait de gros chèques de remboursement aux plus fortunés.
On se demande donc où est passée la justice sociale?
Ecrit par : Cédric | 08/05/2008
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