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26/05/2008
RER A : de la tartufferie érigée en politique des transports
La semaine dernière les déclarations de Nicolas Sarkozy et de Patrick Devidjan député et Président du Conseil général des Hauts de Seine sur le RER A ont mis le feu aux poudres. Ces deux personnes ont plusieurs points communs : ils sont UMP, élus des Hauts de Seine depuis des décennies et ne s’étaient jamais penché auparavant sur l’état des lignes du RER et leur financement.
Que le Président de la rupture et du Pouvoir s’achat, s’émeuve enfin de la situation pitoyable des transports en commun dans la région, notamment en grande couronne est une bonne chose, encore ne faudrait il pas limiter cette problématique au seul RER A ; mais au-delà des mots, où est l'action, car c’est bien là que le bas blesse !
Les déclaration présidentielles relayées dans la foulée par les propos de Devidjan apparaissent plus comme une provocation, qu’une inflexion de la politique gouvernementale sur la problématique du transport en commun, ce qui aprés les accords de Grenelle est regrettable. Le sens de l’intérêt général de ces deux élus des Hauts parait être à géométrie variable, nous y reviendrons.
Alors pourquoi tant de haine ? Quelle réalité se cache derrière ses effets de manche ? Où est le grand dessein présidentiel pour les transports publics, après le Grenelle de l’Environnement ?
Car en définitive, c'est de bien cela qu'il faudrait parler et qui importe aux franciliens !
Il est dommageable que Nicolas Sarkozy, pourtant grand usager des transports en communs sur air (jet privé) et sur mer (yacht), ne ce soit jamais en qualité de Président du Conseil Général des Hauts de Seine, et ministre influent penché sur l’état des transports en commun dans notre région et les obligations que cette dramatique situation conféraient aux responsables politiques, bien au contraire …
S’il est bon que la situation actuelle du RER A, ne le laisse pas indifférent, de là à déclarer tout de go : "La décentralisation, c'est fait pour qu'on gère mieux, pas pour qu'on gère moins bien" … "Je ne laisserai pas les passagers otages de situations inacceptables de lignes de RER vétustes, où chaque jour un million de passagers s'entassent, assistant impuissants aux affrontements stériles et à la vétusté des investissements",. "La priorité, c'est pas les querelles politiciennes. La priorité, c'est l'efficacité", il y a un monde, qui est celui de l’honneteté.
Car en cette matiière le bouc émissaire ne saurait être les collectivités territoriales … Le responsable est tout autre, la situation d’aujourd’hui n’est que la conséquence de trente années de non investissement de l’Etat (soyons clair, qu’il soit de droite ou de gauche) et des entreprises publiques SNCF et RATP !
A quoi bon dénoncer "les oppositions stériles qui conduisent au refus absurde de la modernisation de lignes RER dont la région parisienne a par ailleurs parfaitement besoin … », alors que depuis l’arrivée de Jean Paul Huchon a la tête du STIF, dans des conditions sur les quelles nous reviendrons, car cela na maque pas de sel, quasiment toutes les décisions ont été prises à l’unanimité …
Rappelons que la ligne A, traverse Paris de part en part et d’Est en Ouest, une ligne que j'emprunte fréquemment comme un nombre croissant de franciliens. Ce n’est pas pour rien qu’elle est la plus chargée d'Europe avec 286 millions de passagers annuels ; si en 2003, sept journées par an atteignaient le million de voyageurs, l’année dernière c'était 158 journées !
Ou le Président est carrément indécent c’est lorsqu’il déclare : « si la décentralisation conduit aux regards stériles entre les élus, l'Etat, les pouvoirs publics devront prendre leurs responsabilités pour que les usagers ne soient pas otages de ces archaïsmes",
Car qui ne tient pas ses engagements financiers dans les contrats de plan ?
Qui a tout fait pour empêcher l’arrivée de Jean Paul Huchon à la tête du STIF ?
Qui n’a pas voulu lui donner les moyens financiers minimum pour rattraper le retard accumulé depuis des décennies tant dans l’état du réseau que du parc roulant ?
Qui et à la tête des entreprises publiques et préfère s’approprier les bénéfices plutôt que les réinvestir (cf note précédente) ?
Que l’Etat déjà assume ce qu’il doit faire avant de donner des leçons … Mais il est vrai que nous avons affaire à un spécialiste !
Quelques rappels désagréables …
Dans une interview au Monde, Patrick Devedjian, président (UMP) du conseil général des Hauts-de-Seine, est revenu à la charge, suggérant même la création d'un "STIF d'Etat".
Les faits sont pourtant têtus, quelques rappels qui ne datent pas de Mathusalem mais de 2004 …
Le même personnage, suite à la victoire de la Gauche aux Régionales, avait conçu un stratagème destiné à gêner la majorité de gauche dans sa gestion du STIF (cf note précédente). Il avait fait passer à la sauvette un amendement destiné à « étendre la règle de la majorité qualifiée des deux tiers des membres du conseil d’administration du Stif, lorsque la délibération du syndicat aurait pour effet d’augmenter très sensiblement la contribution des membres autres que la région Ile-de-France ». En décodé, le président de région, Jean-Paul Huchon (PS), majoritaire au Stif depuis le 1er juillet, ne pouvait plus agir sans l’aval d’autres membres du Stif, notamment le préfet de région, c’est-à-dire l’Etat. Une atteinte à la décentralisation, dénoncé alors et qui a fait long feu, Huchon trouvant la parade. Le sort du RER A ou des liaisons de grande couronne n’était pas alors la priorité de cet élu.
Dans la même veine rappelons le bras de fer finalement remporté par Huchon entre Gouvernement UMP et Région sur les moyens financiers mis par l’Etat dans la délégation de la compétence transport à la collectivité territoriale régionale (cf note précédente) ! Le sort du RER A et des transports franciliens nétait pas alors la priorité de ces ministres
Que dire également du désengagement financier de l’Etat dans les Contrat de Plan avec la Région, Ile de France, il ne respecte même pas la parole donnée !
C’est pourquoi lorsque Sarkozy déclare "Si l'Etat doit reprendre la main, l'Etat la reprendra", Huchon lui répond tranquillement : “Si l’Etat veut reprendre la main, qu’il le fasse. Après tout, il est toujours le principal actionnaire de la RATP et de la SNCF. Mais il ne mettra pas un sous, il n’en a plus. L’État est arrogant, mais impuissant”.
Car chacun peut comprendre, l’agacement et la réaction de Jean Paul Huchon, Président de la Région et du STIF qui a rappelé que l'Etat est "le seul actionnaire de la RATP", exploitant de la ligne du RER A. alors que la région n'en a pris la responsabilité que depuis deux ans.
« Des gens qui n'ont rien fait en vingt ans, n'ont pas investi un rotin feraient bien d'être modestes quand ils nous donnent des leçons de conduite … Depuis que la région est là, les choses ont bougé et se font. ».
La région consacre 4,29 milliards d'euros par an à ses transports, sur lesquels l'Etat apporte à peine plus de 3 %, hors contribution des voyageurs qui s'élève à 3,1 milliards. Elle bataille avec l'Etat pour obtenir une loi lui permettant d'accroître ses ressources en augmentant de 0,1 % le versement transport des entreprises, ce qui lui rapporterait 160 millions d'euros par an en plus des 2,9 milliards d'euros actuels, et pour obtenir d'autres ressources lui permettant d'investir. La Région a investi en deux ans dans les transports de la région plus que l’État en deux décennies ».
Jean-Paul Huchon a conclu en février dernier, bien avant les déclarations de qui vous savez, un contrat de 2,9 milliards d'euros par an avec la RATP. L'exploitant avait alors jugé inutile de renforcer la ligne A du RER comme l'estimait nécessaire le Stif. « La RATP a signé pour 28 à 30 trains par heure aux heures de pointe, il y en a 24 ». Le président de la RATP va devoir expliquer les raisons pour lesquelles l'entreprise publique n’a pas honorer les engagements pris. « Un contrat, cela se respecte, s'il n'est pas respecté, il y a des pénalités financières ».Il a demandé en avril à la RATP de lui fournir avant l’été une analyse chiffrée des moyens techniques à mettre en œuvre accompagnée d'un calendrier.
Bâtir le réseau de transport public du 21eme sièclen une responsabilité collective
Mais arrêtons-nous là …
L’essentiel n’est pas de trouver un bouc émissaire de plus mais bien des solutions qui ne seront ni de gauche, ni de droite mais simplement de bons sens et qui auront nécessairement un cout.
Les accords de Grenelle ont démontré la nécessité pour préserver la planète d’avoir un réseau de transport public performant et propre ; plus localement l’élaboration du Schéma Directeur Régional de l’Ile de France (ou SDRIF) prouve l'intérêt de développer l'activité économique sur l'est de l'Ile de France, ce qui limitera d'autant les déplacements sur Paris mais également d'améliorer notre éseau de transport public, surtout en grande couronne et d'envisager le développement des territoires en intégrant la contrainte transports publics !
Nos territoires sont désormais avec le TGV en concurrence frontale et directe avec des départements hier encore, lointain mais aujourd’hui en très proche en temps d’accés. Le RER et les lignes de banlieue doivent devenir une priorité des pouvoirs publics et d’entreprises comme la SNCF et la RATP. Quelquesinterrogations demeurent ...
Comment donner au STIF et à ces entreprises encore publiques les moyens de relever ce défi collectif ?
Quel doit être le rôle in fine du STIF ? Assurer et financer au quotidien le fonctionnement des transports franciliens ou assumer le poids financier des investissements colossaux que nécessite la restructuration d ‘un réseau utilisé par tout un pays et bientôt une partie de l’Europe et pas seulement les franciliens ?
Des questions qui reconnaissons le ont un peu plus de hauteur que la contreverse politicienne lancée la semaine dernière. Je ne suis pas persuadé, quand à moi, que le Grand Paris dont nous reparlerons bientôt saura à lui tout seul résoudre cette équation. Ce n’est pas en six mois et quelques discours, même bâti autour de l’idée de rupture que l’on rattrape un manque total d’investissement, de recherche et de développements vieux de plus de 30 ans. Alors où est le grand dessein ?
C’est le grand absent des propos présidentiels et c’est bien dommage, à moins que le grand dessein ne soit ni plus, ni moins que l’amorce des prochaines élections régionales; une finalité a des années lumières des réponses exigées par la situation actuelle …
10:31 Publié dans Transport et mobilité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ps, politiques, eco-citoyennete, trilport, pays de meaux, environnement, développement durable


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