Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Il était une fois ... Ou les histoires de l'oncle Nico...

1263971180.jpegDepuis que l’homme est homme, au delà des contes de fées chers à Betteilhem ou à l’oncle Sigmund,  il a toujours eu besoin de belles histoires, et s’est même construit autour d’elles. Quelques unes son passées à la postérité, s’imposant jusqu’à devenir mythes ou religions, portés au fil des siècles par des générations d’évangélistes et de conteurs.
Depuis, les réalisateurs d’Hollywood ont repris le flambeau, véritables griots des temps modernes. Mais si Lucas et Spielberg ont rencontré le succès planétaire que l’on sait, cela n’est pas le fait du hasard ; ces deux créateurs ont mis en pratique les travaux d’un professeur d’université, Joseph Campbell, concepteur de la théorie du « monomythe »  (voir plus loin), selon laquelle tous les mythes suivraient les mêmes « schémas archétypaux ». Analyse reprise par les spécialistes du comportement humain l’adaptant à divers domaines : stratégie, marketing, communication et politique …

Objectif affiché : "capter" ( traduire par influencer) un public cible grâce à des messages quasi sublimaux compréhensibles de tous, réduits le plus souvent à des anecdotes ou des images clés (éléments de langage), assenés sans fin, que ce soit dans les slogans, visuels, argumentaires. Méthode utilisée par la plupart des grandes entreprises, à vocation planétaire (la mondialisation s’impose à tous …), afin de proposer aux clients un supplément d’âme au produit,  une image à la puissance évocatrice. Le règne de la marque a été remplacé par celui du logo ...

Un mode opératoire utilisé également en politique par les fameux "spin doctors" (spécialistes de la communication politique) dont le job consiste à « créer des machines à fabriquer des histoires et à formater les esprits".  Nixon,  Reagan, Clinton,  Bush et Blair en ont usé jusqu’à la corde, l’après 11 septembre étant sur ce point pour le moins révélateur. Cette technique dénommée  « storytelling » est basée, entre autres  sur un principe essentiel, « s’adresser d’abord au cœur et à l’émotion avant de parler à la tête et à la raison » !

Une voie dans laquelle s’est engouffrée Nicolas Sarkozy, le propos est limpide, voir simpliste : « je réforme, je bouscule les conservatismes, j’avance et je fais avancer le monde, seul … ». L’objectif étant d’imposer un schéma représentatif évocateur (au « surmoi » quelque peu surdéveloppé cependant), dans lequel le chevalier blanc héroïque et solitaire se débat avec volonté, pugnacité et énergie, face aux conservatismes et aux représentants de la force obscure …
"Au moins lui, il y va !". Message sublimal « I’m a poor lonesome President », attention Superman n’est pas loin, et  peu importe que les ministres soient réduits au rôle de faire valoir, le Premier Ministre à celui de simple collaborateur, une seule tête doit s’imposer, celle du "Président".

Mais être storyteller est un vrai métier nécessitant l'usage de  techniques simples et surtout efficaces. Je vous propose une modeste tentative de décryptage à partir de l'analyse de quatre principes de base collectée au fil de l'activisme médiatique quotidien de cet homme de "communication".

L'important étant à mon sens de déjouer des dérives appauvrissant le débat politique qui doit demeurer avant tout un débat d'idées et surtout de cohérence.

 

 

Principe de base Numéro 1 :  "L’impression donnée au public doit être absolument "p.o.s.i.t.i.v.e."

Pour ce faire tous les moyens sont bons : traquer la moindre image négative afin d'éviter tout "bruit médiatique" malencontreux,  « pacifier » pour ce faire chaque déplacement en éloignant tout manifestant éventuel (quitte à déplacer certains préfets), éviter les  « chahutages » lors de rendez vous quasi institutionnels (congrés des Maires,  Salon de l’Agriculture, finale de la coupe de France …), s’approprier des symboles de l’histoire ou de l’inconscient collectif (Camus, Mocquet, la résistance …) permettant de délivrer de bien belles images consensuelles, quitte à détourner quelque peu le message et les valeurs d’origine …

 

Principe de base Numéro 2 : "Avoir une réponse simple à tout problème complexe"

La solution pour être communiquante se doit d’être simple, compréhensible de tous, directe, basique et offensive (mission d'expertise, plan d’action ou loi, même lorsque celle si existe déjà …)  en respectant le schéma : problème / solution. Elle est généralement accompagnée de deux options : la promesse de l’éternel retour ( « Sur,  je reviendrais, et vous verrez ce que vous verrez », « Rendez vous est pris pour … ») ou/et la désignation de boucs émissaires symbolisant les forces obscures du conservatisme, voir de l’obscurantisme …

 

Principe de base Numéro 3 : "Se situer dans le présent immédiat et l'action ..."

A quoi bon s'encombrer de souvenirs du passé et de propos, déclarations ou discours à contre courant de la réalité du jour. L'essentiel est de s'adapter à cette dernière, quitte à abandonner tout principe de cohérence.
Faire de la surenchère et privilégier l'effet d'annonces. Illustration récente : convoquer les chefs d'entreprise à l'Elysée afin de faire croire au citoyen lambda que cela changera la donne, faire des déclarations tonitruantes sur le capitalisme, le libéralisme financier, le développement durable, la solidarité internationale. Y compris lorsque celles ci sont dans les faits, en contradiction flagrante avec l'action engagée passée, présente ou à venir !

Dernière illustration, pour ne pas aborder de sujets plus dramatiques ou polémiques, la "nouvelle vision industrielle" développée aujourd'hui, le commentaire de l'économiste Elie Cohen,spécialiste reconnu de la question, quoique soft est éloquent : "M. Sarkozy hésite entre un interventionnisme déclamatoire, un impératif industriel gaullo-pompidolien incompatible avec la mondialisation et une entrée franche dans l'économie de la connaissance qui suppose une tout autre vision".

L'ambition des objectifs proclamés avec éclat, face aux médias, est toute relative ... ne reste plus en fait qu'un effet d'annonce dont la portée ne résiste pas à l'analyse la plus simple !

 

Mais problème … Quitte à réformer autant améliorer les choses, non, théoriquement, elle sert à ça la réforme, faire mieux pour moins cher, non  ? C’est bien là que le bas blesse, car cela est loin d'être le cas ... Gesticulation médiatique et action de fond, ne font pas souvent bon ménage, ce que chacun sait depuis La Fontaine et la "méthode" présidentielle confrontée au principe de réalité montre plus que de sérieuses limites …

 

Cependant une parade existe, grâce à l'application du principe de base Numéro 4 : "faire l'actualité chaque jour"

Pour cela, "choisir" les sujets qui animeront les prochaines unes médiatiques  : soit en surfant sur les catastrophes, les drames (« s’adresser au cœur ») en profitant de leur exposition médiatique, en appliquant le principe de base numéro un, soit en lançant des coups médiatiques afin de détourner les feux de la rampe sur des sujets moins négatifs, voir explosifs et pour tout dire anxyogène

Sur ce dernier point, deux pré requis : disposer de relais médiatiques surs (ce qui est le cas, et au delà de la bande du Fouquets, quoique déjà celle ci dispose d'une certaine zone d'influence) et sélectionner les sujets qui font écho ...
Car encore faut il raconter des histoires qui intéressent les gens; point essentiel dont  les spin doctors ont saisi toute la force,  d'où l'affaire des  sondages de l’Elysée … révélatrice de ce principe de base numéro 4, à double titre (voir plus loin) ... Car si en plus de telles informations (bien évidemment triées selon qu'elles soient positives ou négatives) peuvent être repris par certains médias et faire la une  ...

 

 

 

Annexes

Rappel des faits "La cuisine des apprentis sorciers"

Les quotidiens nationaux, «Libération», " Le Parisien Libéré" ont révélé les budgets plus que conséquents consacrés aux études et sondages de la Présidence de la république, confirmé depuis par l'Elysée : 3,282 millions d'euros en tout pour 2008 et près de 1,989 million prévus pour 2009 (1,724 million déjà dépensés au 29 octobre). Principaux  bénéficiaires : le conseiller de Nicolas Sarkozy, Patrick Buisson (via ses cabinets de conseil Publifact et Publiopinion (1,474 million en 2008 et 963 520 euros prévus pour 2009); l'institut de sondages Ipsos (889 824 euros en 2008 et 358 963 euros pour 2009) et un autre cabinet de conseil, Giacometti Péron, de l'ex-dirigeant d'Ipsos, Pierre Giacometti, aujourd'hui conseiller auprès du président de la République (723 580 euros en 2008, 665 574 euros prévus en 2009).

Pour la trés petite histoire, rappelons que Patrick Buisson, est un homme trés occupé puisqu'il est en même temps l'actuel dirigeant  de la chaîne Histoire, filiale de TF1 et qu'il a un beau CV puisque c'est l'ancien directeur du journal d'extrême-droite Minute, Valeurs actuelles et LCI. En 2008, rien que sur les sondages achetés à Opinion Way, sa société Publifact aurait réalisé un bénéfice de près de 910 000 euros, soit une marge de 83%... Autre point gênant,  les 41 sondages Opinion Way de type Politoscope facturés 392 288 euros par Publifact à l'Elysée ne faisaient apparaître «aucune différence» avec le baromètre du même nom publié par LCI et Le Figaro.

Outre toute une floppée de «baromètres» (sur les «déplacements et initiatives du Président» ou sur «la confiance et l'actualité»), on retrouve dans ces listings toute une série de sondages divers commandés sans appels d'offres: «les déçus de Nicolas Sarkozy» (9568 euros), «la création d'une nouvelle promotion dans l'ordre de la légion d'honneur» (4784 euros), «la suppression du jour férié du 8 mai» (2392 euros), «l'observation d'une minute de silence dans les établissements scolaires en hommage au dernier poilu» (7176 euros).

 

La théorie du monomythe

Ainsi tous les héros mythiques débuteraient leur périple à la suite d'un « appel à l'aventure » - ce qui implique que le héros quitte l'environnement dans lequel il a grandi. Il devra ensuite faire face au « gardien du seuil », premier obstacle dans son voyage qui, une fois franchi (la plupart du temps avec l'aide d'un mentor ou d'un guide spirituel), lui permettra de pénétrer dans un monde plus spirituel - généralement représenté par une forêt sombre, un désert, une grotte ou bien encore une île mystérieuse. Il va y subir une série d'épreuves lui permettant de dépasser son mentor et d'accomplir enfin l'objet de sa quête (le plus souvent une réconciliation avec le père, une union sacrée ou une apothéose) représentant symboliquement l'émancipation. Il retournera ensuite chez lui complètement transfiguré par l'expérience de son voyage initiatique.

Campbell soutient que quasiment tous les héros mythiques, quelle que soit l'époque et la culture dans lesquelles ils vivent, suivent un parcours contenant au moins une partie de ce schéma. Dans des œuvres plus contemporaines, les trilogies Star Wars, Matrix, et Le Seigneur des anneaux collent de très près à ce schéma archétypal.

Le Storytelling lui substitue donc une nouvelle trilogie : "capter l’attention / stimuler le désir de changement / et (dans un dernier temps seulement), emporter la conviction par l’utilisation d’arguments raisonnés".  L’utilisation d’histoires et de formules symboliques (équivalentes au "il était une fois" des contes pour enfants) à chacune des trois étapes permet au public de mettre provisoirement de côté son cynisme et de garder un esprit ouvert au message transmis.

 

 

 

Les commentaires sont fermés.