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Pour une nouvelle approche du Développement Durable

 « le temps du monde fini commence »

                                                  Paul Valery


1378820579.jpg La 17e conférence de la Convention des Nations unies sur les changements climatiques (CNUCC) s'est ouverte, aujourd’hui,  pour deux semaines, à Durban.

A  tout juste quelques mois du 20 eme anniversaire du Sommet de Rio (1992),  le pire est malheureusement toujours à craindre, que ce soit au niveau de l’augmentation des  émissions de Gaz à effet de serre, que du réchauffement planétaire, qu’il paraît compromis désormais de limiter à 2 ° d'ici la fin du siècle, seuil plancher pourtant préconisé par les experts du du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) pour se prémunir d'un réchauffement aux effets irréversibles.
L’objectif est de prolonger le protocole de Kyoto, unique traité juridique contraignant ;  de récents rapports confirment que si rien ne change, la température sur la planète augmenterait de 3 °C à 6 °C d'ici à la fin du siècle !

Il faut effectivement trouver une suite au protocole de Kyoto, dont la première période d'engagement expire fin 2012. Rien ne nous dit pourtant malgré l’aggravation de la situation que le sommet de Durban sera plus constructif que celui de Copenhague (2009), ou de bien d'autres ...

It’s a long way ago

Issu des travaux du club de Rome, de la Conférence des Nations Unies sur l’Environnement humain (Stockholm, 1972), le concept du Développement Durable s’est popularisé avec le rapport de Gro Harlem Brundtland, « Notre Avenir à tous », (1987), qui le définit ainsi : "un développement qui répond au besoin du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs". 

La Commission mondiale sur l’environnement et le développement s’accorde sur une  « nouvelle » définition de ce concept en le faisant reposer sur ses trois piliers historiques : économique, social, et environnemental (ou écologique) et leur nécessaire équilibre.

Il faut attendre le Sommet de la Terre sur l’environnement et le développement (Rio, 1992) qui adopte la « déclaration de Rio » et sa déclinaison locale « l’Agenda 21 », pour voir  la plupart des Etats s’engager dans l’élaboration de stratégies nationales de développement durable. 
Mais la situation a évolué à un degré  tel, qu’elle nécessite au regard de  l’aggravation de l’état de la planète, de tout remettre à plat et en perspective :  enjeux, priorités, actions à engager et calendrier.

Ce qui nécessite un changement de cap radical dont l’urgence, du fait de l’accélération du réchauffement climatique due aux émissions de gaz à effet de serre  (notamment le CO2) et des menaces pesant sur la biodiversité, n’est plus remise en cause par personne.

 Il s’agit non seulement d’inverser ces deux tendances, mais bien de proposer une nouvelle approche du Développement Durable et de ses priorités …

 

 

 

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 L’heure n’est plus à un équilibre savant et théorique dans lequel l’environnement doit composer avec l’économique et le social, mais bien de répondre à une échelle de priorité claire et nette fixée par l’état dramatique de la planète.
Pour la première fois sur la terre, maintenant et désormais, l’action humaine avec ses processus cumulatifs, peut modifier durablement les dynamiques des enveloppes : atmosphère, hydrosphère, biosphère. 

Les croissances mondiales ne sont plus limitées que par les dimensions physiques de la terre et les limites de sa capacité à se régénérer. Paradoxe cependant, le court terme pèse plus dans notre société que le long terme, une réalité que l’on retrouve dans trop arbitrages à effectuer, au moment même pourtant où l’action humaine exige la prise en compte absolue des temps longs.

 

Pour une nouvelle approche du Développement Durable

Nos sociétés n’ont plus le choix, une hiérarchie nette des enjeux entre planète (la biosphère), et société des hommes, dans toutes ses dimensions (culturelles, sociales, économiques), s’impose.

Elle exige de déterminer tant la marge d’action est désormais réduite et l’échelle de temps courte ceux qui dans les objectifs poursuivis, vu les urgences, apparaissent comme les « plus prioritaires » ; application concrète du principe de responsabilité, .

C'est le sens du nouveau schéma proposé : les inter relations entre société et biosphère ou/et entre société et individu, intègrent les « piliers » économique et social du schéma traditionnel représentant le Développement Durable (Brundtland). 

L'économique et les relations sociales n’étant que les résultantes des médiations et des choix politiques des Etats ; le mode de fixation du prix des différentes sources d’énergie en est la meilleure illustration, tant différents paramètres interviennent (subventions, fiscalisation, taxes …).  Le préalable incontournable est bien l’état de la biosphère et ses impératifs. 

Une nouvelle dimension émerge également et s’impose à tous : la gouvernance. Elle n'intervient plus sur un équilibre quelquefois précaire ou factice entre trois composantes plus ou moins équivalentes, mais doit se fixer une priorité absolue, l’intégrité de la biosphère.

 

Elle résulte de la convergence de plusieurs paramètres conjugués :

- la complexité croissante des domaines concernés par la problématique du Développement Durable,

- la diversité et le pluralisme des approches des différents acteurs,

- la nécessité de privilégier une approche transversale abordant concrètement la problématique des usages et de la concertation citoyenne

- la continuité d’une démarche qui doit se perpétuer bien au delà de la livraison du quartier et se « conjuguer » au quotidien.

 

Enjeu prioritaire : la biosphère

L’état de la planète nécessite un changement de cap radical en divers domaines : efficacité énergétique, économie des ressources naturelles, production d’énergie non fossile, consommation foncière, biodiversité et limitation du  réchauffement climatique du aux émissions de gaz à effet de serre. 

Selon le rapport du GIEC, poursuivre les émissions de GES au rythme actuel accentuerait non seulement le réchauffement de la planète mais modifierait de manière irréversible le système climatique, avec des conséquences dramatiques.

En l’état actuel des recherches scientifiques, la température moyenne sur Terre pourrait augmenter de 3 à 6°C d’ici la fin du siècle ; pourtant une hausse des températures supérieure à 2 °C renforcerait les phénomènes météorologiques extrêmes et aurait pour nombre de régions du globe des conséquences désastreuses (montée des eaux, catastrophes météorologiques …).

Car toute activité humaine influe sur la biosphère : habitat (conversion des terres, gestion urbaine…), mobilité, maintien de la biodiversité (faune et flore), pollution (pesticides, effluents urbains et industriels, déchets …), changement climatique (émission de GES, combustion d’énergies carbonées, déforestation, industries …), espèces invasives…

 Ces menaces, directes ou indirectes, pèsent sur la biodiversité, et sont les conséquences de la présence humaine (nourriture, eau, énergie,  matériaux, espace, équilibre des écosystèmes, activités humaines …). Leur impact dépend non seulement du nombre total d’habitants, mais aussi de leur mode de vie ou de développement.

 

Commentaires

  • Réchauffement : ce que mesurent les spécialistes

    Augmentation des températures de l'air et de l'eau, fonte des glaciers continentaux et des calottes polaires, modification des populations animales... Les observations convergent : le réchauffement climatique est là.

    D es dizaines de milliers d'instruments de mesure sont répartis sur la planète, du fond des océans aux hautes altitudes de la troposphère. Thermomètres, marégraphes, GPS, systèmes de télédétection... Certains existent depuis plus de cent ans. D'autres sont beaucoup plus récents. Depuis une dizaine d'années, les scientifiques s'en servent pour traquer les indices du réchauffement climatique. Pris un à un, chaque indicateur présente des incertitudes et des biais. Mais dès lors que tous ces signaux sont regroupés, une cohérence émerge : la tendance au réchauffement global de la planète devient significative. Un réchauffement qui sort de la variabilité naturelle, estiment les scientifiques. La probabilité pour qu'ils se trompent sur l'ensemble de ces mesures est désormais très faible. Et les dernières données viennent conforter encore plus cette tendance. Voici les huit preuves les plus significatives du réchauffement.

    1 Les températures de l'air augmentent
    Dès la fin du XIXe siècle, des stations météorologiques, mesurant notamment la température de l'air sous abri, ont été installées dans de nombreux pays, essentiellement dans l'hémisphère Nord. Jusque dans les années 1950, ces mesures souffraient de plusieurs défauts : qualité des instruments inégale ; couverture géographique imparfaite ; discontinuité des mesures ; modification de l'environnement immédiat des stations. Mais le nombre important de ces mesures, ainsi que des méthodes modernes d'homogénéisation et de correction de données permettent désormais d'exploiter ces archives de façon relativement fiable. Par exemple, certains outils d'analyse permettent de s'affranchir de l'influence de l'urbanisation sur l'augmentation des températures locales. Depuis 1970, des mesures satellitaires se sont ajoutées aux stations météorologiques au sol (qui sont plus de 3 000 aujourd'hui). Elles permettent de couvrir toute la planète de façon régulière et continue à différentes altitudes.

    Résultat : les quatre instituts les plus avancés dans le domaine - aux États-Unis l'institut Goddard de la NASA et la National Oceanic and Atmospheric Administration ; au Royaume-Uni le Hadley Center ; enfin l'agence météorologique japonaise - indiquent tous un réchauffement de l'ordre de 0,5 °C depuis 1970, et d'environ 1 °C pour le dernier siècle [fig.1] . Tous montrent également que la dernière décennie est la plus chaude jamais mesurée depuis 1880. Ce réchauffement est plus important au-dessus des continents, notamment aux latitudes élevées, et dans l'hémisphère Nord. Par ailleurs, seules la surface du globe et les basses couches de l'atmosphère se réchauffent. La stratosphère (située entre 12 et 50 kilomètres d'altitude) s'est quant à elle refroidie. Une preuve, d'après de nombreux experts, que le réchauffement est alimenté « par le bas », via les émissions de gaz à effet de serre, et non par le rayonnement du Soleil.

    2 Les océans se réchauffent
    Au fur et à mesure que l'air se réchauffe, les océans aussi accumulent petit à petit plus de chaleur. Nous mesurons les températures des océans à différentes profondeurs depuis les années 1950. Toutefois, durant les premières décennies, ces mesures étaient principalement réalisées par des navires marchands grâce à des thermomètres plongés à différentes profondeurs. Elles étaient donc irrégulières, concernaient surtout l'Atlantique Nord et le Pacifique Nord, et les instruments utilisés étaient de qualité inégale.

    Depuis les années 1980, les températures de surface des océans sont mesurées régulièrement par des satellites. Et depuis le début des années 2000, plusieurs centaines de flotteurs ont été installés sur toutes les mers du monde (on en compte 3 300 aujourd'hui). Tous les dix jours, ces bouées plongent jusqu'à 2 000 mètres de profondeur et mesurent les profils de température et de salinité sur toute la colonne d'eau. Elles transmettent ensuite leurs données, par l'intermédiaire de satellites, à des stations scientifiques.

    « Nous n'avons une couverture correcte des océans avec nos bouées que depuis 2004, précise Dean Roemmich, coprésident d'Argo, le programme d'observation de l'océan global, et professeur au Scripps Institution of Oceanography, à San Diego, aux États-Unis. Cela n'est pas suffisant pour observer une évolution sur le long terme. » D'autant moins qu'entre 2003 et 2010 les températures de l'océan se sont stabilisées, avant de repartir à la hausse... Cependant, des méthodes statistiques modernes permettent d'homogénéiser les données issues des thermomètres des navires marchands, des satellites et des bouées. Dès lors, l'élévation des températures de l'océan devient significative [fig. 2] . Ainsi, depuis cinquante ans, la température moyenne des mers, de la surface à 2 000 mètres de profondeur, se serait élevée d'environ 0,07 °C. En surface, l'élévation serait de 0,5 °C [1] . De façon concomitante, le contenu en vapeur d'eau dans l'atmosphère au-dessus des océans, mesuré par satellite, augmente de façon continue depuis 1988.

    3 Les glaces de montagne reculent
    Quand il fait plus chaud, les glaces fondent. Les glaciers sont donc de bons indicateurs indirects de l'évolution du climat. Et comme ils sont souvent éloignés des activités humaines, ils ne sont guère biaisés par des modifications anthropiques locales. C'est avec les glaciers de montagne que les chercheurs disposent des plus longues séries de mesures.

    Certains glaciers des Alpes sont ainsi suivis de près depuis plus de cinquante ans par des mesures de terrain qui permettent d'évaluer leur fonte. Le résultat est sans appel : quelle que soit la taille de ces glaciers européens, tous montrent la même accélération de fonte. En effet, malgré d'importantes variabilités annuelles, la fonte de chaque glacier a augmenté d'environ 60 centimètres d'eau par an (rapportés à sa surface) entre 1982 et 2010 par rapport à la moyenne du XXe siècle. Autrement dit, ces glaciers répondent bel et bien à une même augmentation du flux d'énergie. « Le signal envoyé par les glaciers alpins ne présente plus aucune ambiguïté, commente Christian Vincent, du laboratoire de glaciologie et géophysique de l'environnement, à Grenoble, et coordinateur du réseau GlacioClim, observatoire national des glaciers. Ailleurs, et notamment dans l'Himalaya et en Amérique du Sud, nous manquons encore de recul pour affirmer que la fonte a significativement augmenté au cours des trente dernières années. » L'utilisation, depuis une vingtaine d'années, d'outils satellitaires ne permettra sans doute pas de combler cette lacune. En effet, ces instruments souffrent encore de nombreuses difficultés. L'altimétrie radar, qui permet de suivre l'évolution de l'altitude, est complexe à utiliser en raison du relief accidenté de ces zones. Les changements rapides de la surface des glaciers complexifient les comparaisons entre différents clichés. Et leur blancheur sature bien souvent les images.

    4 Les calottes polaires glissent plus rapidement vers la mer
    Tout comme les glaciers continentaux, les calottes polaires sont sensibles aux variations des températures de l'air. Seule différence : le thermomètre dépasse rarement zéro aux pôles... La fonte est par exemple quasi inexistante en Antarctique. Au début des années 2000, les scientifiques mesuraient surtout une augmentation de l'accumulation de glace : en se réchauffant, l'air au-dessus des calottes devient en effet plus humide, augmentant ainsi le volume des précipitations.

    Mais, depuis environ cinq ans, les études combinant différents outils de mesure montrent que les pertes de glace sont en réalité plus importantes que ces accumulations [fig. 3] . En 2007, des études satellitaires d'interférométrie radar, qui permettent de mesurer la vitesse d'écoulement des glaciers, ont en effet révélé que les calottes perdaient de la masse via un écoulement de plus en plus rapide vers la mer. L'une des hypothèses sur ce phénomène est la suivante : la mer, plus chaude et plus élevée, s'enfoncerait de plus en plus loin sous la glace, créant un film lubrifiant.

    Ainsi, le Groenland et l'Antarctique diminueraient d'environ 500 milliards de tonnes de glace par an à eux deux depuis une petite dizaine d'années. Cette perte augmente d'environ 36 milliards de tonnes chaque année [2] . Toutefois, ces données ont moins de vingt ans. Il est donc encore un peu trop tôt pour affirmer qu'il s'agit là d'une tendance à long terme liée au réchauffement. Mais la plupart des scientifiques affirment que cette tendance à la baisse est plus importante que ce que l'on pourrait imputer à la variabilité naturelle du climat.

    5 Le niveau des mers monte
    Lorsque la température augmente, les glaciers fondent, on l'a vu, et l'eau se dilate. Autant de raisons qui font de la montée du niveau des mers un bon indicateur. Depuis le début du XIXe siècle, certains ports, d'abord en Europe, puis dans d'autres régions du monde, ont été équipés de marégraphes. Ces appareils, qui servaient à l'origine à mesurer les hauteurs des marées, nous fournissent de longues séries de mesures du niveau marin. Ainsi, à Brest, un marégraphe installé depuis 1850 a permis de réaliser un des plus longs suivis.

    Aujourd'hui, les marégraphes à flotteur sont remplacés par des marégraphes numériques. Ces derniers se multiplient sur tous les littoraux (on compte environ 2 050 stations aujourd'hui). Ils révèlent que le niveau moyen global de la mer s'est élevé de 1,6 à 1,8 millimètre par an durant le siècle dernier. Toutefois, ces instruments sont limités aux zones côtières, leur distribution n'est pas homogène, et ils sont soumis aux mouvements verticaux des continents. Ils présentent donc de nombreux biais.

    Depuis les années 1990, les chercheurs se sont toutefois affranchis de ces biais en utilisant les satellites altimétriques. Ces derniers mesurent en continu et avec une grande précision le niveau marin sur l'ensemble des océans. Résultat : entre 1993 et 2010, les océans se sont élevés en moyenne de 3,3 millimètres par an, soit deux fois plus vite que l'élévation enregistrée par les marégraphes durant le siècle précédent [fig. 4] .Une accélération confirmée par les mesures récentes des marégraphes, malgré leurs biais.

    « C'est encore un peu tôt pour affirmer qu'il s'agit là d'une accélération due au réchauffement climatique, mais nous mesurons toujours la même vitesse d'élévation depuis plus de dix ans maintenant... », précise Anny Cazenave, du laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales de Toulouse. Les scientifiques ont également découvert que cette hausse n'est pas uniforme sur toute la planète. Ainsi, dans le Pacifique Ouest, la montée du niveau des eaux est trois fois plus rapide que la moyenne. Une différence qui s'expliquerait surtout par une distribution non homogène de la chaleur dans les océans.

    Enfin, grâce à des forages dans des sédiments marins ou dans des coraux, les scientifiques peuvent reconstruire le niveau marin sur les temps géologiques. Résultat : l'élévation actuelle semble deux fois plus rapide que celle observée durant les deux derniers millénaires.

    6 La glace de mer disparaît
    La glace de mer, située dans l'océan Arctique, subit non seulement le réchauffement de l'air, mais aussi celui des mers. Depuis 1978, des satellites mesurent sa surface quotidiennement. Résultat : sa superficie minimale, observée généralement à la mi-septembre, est passée de près de 8 millions de kilomètres carrés au début des années 1980 à 4,33 millions en 2011 [fig. 5] . C'est la plus faible superficie mesurée après celle de l'année 2007. Quant aux superficies maximales, observées à la sortie de l'hiver, elles sont aussi en baisse. En mars 2011, la superficie de la banquise était de 15,14 millions de kilomètres carrés, soit 720 000 kilomètres carrés de moins que la moyenne mesurée entre 1979 et 2000. Par ailleurs, son épaisseur moyenne d'hiver diminue également. Entre 2004 et 2008, un satellite altimétrique de la NASA a évalué cette perte à 0,17 mètre par an.

    7 Les espèces terrestres se déplacent vers le nord
    Jusqu'à peu, aucun lien direct entre l'évolution récente des températures et le devenir des espèces ne pouvait être clairement établi. Les premières études portaient sur des espèces particulières, et, sauf exception, ce n'était pas vraiment concluant. Toutefois, les spécialistes commencent à étudier l'impact du réchauffement non plus à l'échelle d'une espèce mais sur des groupes, voire des écosystèmes entiers. Et le signal semble désormais de plus en plus clair.

    En 2008, un indicateur reflétant la réponse des organismes aux variations de la température a été mis au point [3] . « Pour la première fois, cet indicateur permet d'avoir une vision large de l'influence du réchauffement sur le vivant », explique Vincent Devictor, de l'institut des sciences de l'évolution de Montpellier. Ainsi, en utilisant les données du suivi de 105 oiseaux communs en France depuis 1989, les chercheurs ont démontré que la part relative des espèces vivant dans des aires de distribution correspondant à des températures chaudes avait fortement augmenté [fig. 6] .

    L'élévation de cet indice thermique des oiseaux communs correspond à un déplacement d'environ 100 kilomètres vers le nord entre 1989 et 2006. Ce qui représente à peine la moitié du déplacement des moyennes des températures de l'air durant la même période en France. Des recherches analogues ont été réalisées sur les oiseaux migrateurs et sur les papillons, avec le même résultat. « Cela démontre qu'il y a un bouleversement global qui s'explique principalement par le réchauffement climatique », conclut le chercheur français. L'Agence européenne pour l'environnement a ajouté en 2010 cet indicateur à la liste des indices du réchauffement.

    8 Le pergélisol se réchauffe
    Le pergélisol, aussi appelé permafrost, désigne les sous-sols gelés pendant au moins deux années consécutives. L'évolution des températures de ces sols suit peu ou prou celle de l'air, mais selon l'épaisseur du permafrost, il peut y avoir plusieurs centaines d'années de décalage. Par ailleurs, d'autres facteurs influencent son devenir, comme les précipitations, le défrichement, l'érosion.

    Depuis le milieu du XXe siècle, les scientifiques cartographient le permafrost dans l'hémisphère Nord, et, depuis la fin des années 1970, des forages (plus de 550 actuellement) sont effectués afin de mesurer les températures dans ces sols à différentes profondeurs. Désormais, nombre de forages sont équipés d'appareils de mesure automatiques, qui permettent de réaliser des profils de température de façon régulière. Depuis 1983, l'Association internationale sur le permafrost rassemble et analyse toutes les mesures issues du terrain. De façon globale, entre 10 et 20 mètres de profondeur, la température moyenne de ces sols a augmenté d'environ 2 °C en trente ans [4] .

    Lise Barnéoud

    La Recherche / Novembre 2011


    [1] D. Roemmich and J. Gilson, Progress in Oceanography, 82, 81, 2009.
    [2] E. Rignot , G.R.L., 38, L05503, 2011.
    [3] V. Devictor et al., Proceedings of the Royal Society, 275, 2743, 2008.
    [4] V. Romanovsky et al., Permafrost and Periglacial Process, 21, 106, 2010.

  • Le climat sur la voie d'un réchauffement de 3,5 °C

    LEMONDE.FR avec AFP | 06.12.11 | 15h46


    Le monde est sur une "trajectoire à haut réchauffement, à haut coûts, et à haut risque", à hauteur de + 3,5 °C par rapport à l'époque pré-industrielle, affirme une étude présentée mardi 6 décembre à Durban (Afrique du Sud), en marge de la conférence de l'ONU sur le climat.
    Ce chiffre, établi par deux sociétés de conseil spécialisées sur le carbone, Climate Analytics and Ecofys, prend en compte les promesses actuelles de réduction de gaz à effet de serre des Etats, largement insuffisantes car l'objectif adopté par la communauté internationale en 2010 est de 2 °C maximum.

    Au rythme où augmentent les émissions de ces gaz, les gouvernements n'ont guère que quatre ans pour inverser la tendance et éviter ensuite des dépenses massives pour atteindre l'objectif de 2 °C, selon ce rapport.

    JUSQU'À 2020 AVANT UNE TRANSITION TRÈS COÛTEUSE

    L'objectif de contenir le réchauffement à 2 °C par rapport à l'époque pré-industrielle a été lancé à Copenhague fin 2009 et a officiellement été entériné par la communauté internationale l'an passé à Cancun, au Mexique. Il constitue le niveau de réchauffement qui permettrait de limiter des conséquences trop sévères du changement climatique.

    Depuis l'époque pré-industrielle, la température a déjà augmenté de 0,8 °C. Pour atteindre cet objectif de 2 °C, une majorité des pays ont publié des promesses volontaires de réduction de gaz à effet de serre. Selon le rapport, ces promesses mèneraient à des émissions globales de 55 milliards de tonnes de ces gaz en 2020. Soit 11 milliards de tonnes au-dessus des 44 milliards qui permettraient de mettre le monde sur une trajectoire de 2 °C de réchauffement.

    En conséquence, les coûts en efficacité énergétique et de la transition vers une énergie moins carbonée risquent d'augmenter fortement après 2020 pour rattraper le temps perdu et tenter de redresser la barre, soulignent les auteurs. Ces chiffres vont dans le même sens que ceux publiés en novembre par l'Agence internationale de l'énergie et le Programme des Nations unies pour l'environnement.

  • Deux degrés de plus, "un désastre"pour James Hansen
    | 08.12.11 | 15h23 • Mis à jour le 08.12.11 | 16h52


    Deux petits degrés Celsius de plus par rapport aux températures préindustrielles seraient déjà "un désastre". Présentant de nouvelles données au congrès d'automne de l'American Geophysical Union (AGU), qui se tient à San Francisco (Etats-Unis), le climatologue James Hansen a adressé, dans une conférence donnée mercredi 7 décembre, une sévère mise en garde aux négociateurs réunis à Durban (Afrique du Sud).
    Selon le chercheur, célèbre pour avoir été le premier scientifique, en 1988, à tirer le signal d'alarme sur la question climatique, le seuil des 2 0C de réchauffement fixé par la communauté internationale ne permet pas de protéger les sociétés sur le long terme. Le directeur du Goddard Institute for Space Studies (GISS), principal laboratoire d'études climatiques de la NASA, présentait une reconstruction de l'évolution des températures au cours des 5 millions d'années écoulées. "Nous sommes aujourd'hui tout près des températures de la période de l'éémien, il y a 130 000 ans, ou du holsteinien, il y a 400 000 ans, a déclaré M. Hansen. Or, à ces deux périodes, nous savons que le niveau moyen des mers était de 4 à 6 mètres plus élevé qu'aujourd'hui."

    Ses travaux, menés avec Makiko Sato (GISS), montrent qu'avec un degré de plus qu'aujourd'hui - c'est-à-dire 1,7 0C de plus par rapport au niveau préindustriel -, la Terre excéderait les températures atteintes au cours de ces deux récents pics de chaleur. Elle atteindrait sa période la plus chaude depuis environ 3,2 millions d'années. "Dépasser ce réchauffement renverrait le climat à ce qu'il était au début du pliocène", lorsque les océans étaient environ 25 m au-dessus de leur hauteur actuelle, ajoute le chercheur. "Si la teneur en CO2 venait à doubler, précise-t-il, cela reviendrait à augmenter la température moyenne d'environ 3 0C (par rapport au niveau préindustriel) et cela renverrait la planète à un état où la cryosphère (l'ensemble des glaces de mer et des glaciers continentaux) n'existait pas."

    Fonte des calottes

    La hausse des températures ne fait pas monter les océans instantanément : le système se met lentement à l'équilibre. Mais, selon M. Hansen, les données paléoclimatiques montrent que le rythme d'élévation des mers peut atteindre 1 m à 2,5 m par siècle, en raison de la fonte des calottes glaciaires du Groenland et de l'Antarctique.

    Le seuil de 2 0C au-dessus des niveaux préindustriels est la certitude d'un "désastre à long terme", conclut M. Hansen. Même si "nous ne savons pas précisément à quel terme". Pour le chercheur, connu pour ses positions très tranchées et jouissant d'un grand prestige dans la communauté scientifique, "pour conserver un climat qui ressemble à peu près à celui de l'holocène, la période au cours de laquelle la civilisation s'est développée", il faut "maintenir la concentration de CO2 atmosphérique sous les 350 parties par million (ppm)". Elle était de 270 ppm au XIXe siècle et elle est aujourd'hui de 390 ppm.

    Mais, ajoute le directeur du GISS, il est possible de la faire baisser "en supposant que la reforestation peut pomper 100 milliards de tonnes de carbone" et "en réduisant les émissions de 6 % par an, en commençant dès l'an prochain". Or, rappelle-t-il, "si nous avions commencé il y a seulement cinq ans, une baisse de 3 % par an aurait suffi".

    Stéphane Foucart

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