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Edgar pense global et il a bien raison

 

« Je pense que le mot métamorphose est plus riche que le mot révolution…

La métamorphose signifie qu’il n’y a pas rupture totale avec le passé : on utilise au contraire l’acquis culturel de l’histoire passée de l’humanité…

C’est ce processus de transformation que nous connaissons très bien chez la chenille qui, s’enfermant dans sa chrysalide, commence à s’autodétruire avec des ailes en tant que papillon. La chenille est devenue une autre, à partir d’elle même.

On sait avec quelle difficulté, quand la chrysalide s’ouvre, le papillon parvient à déployer ses ailes avant de pouvoir s’envoler. Comme un enfantement, la métamorphose s’accomplit dans la douleur.

Toute l’évolution est donc un processus de création qui crée de la destruction. La formule de Schumpeter la « destruction créatrice » qui est reprise un peu partout est à mon avis fausse : c’est la création qui est destructrice ...

Nous vivons le commencement d’un commencement. »

 

Edgar Nahoum, dit Edgar Morin,

Grand résistant, sociologue et philosophe français.

Tirée de son dernier ouvrage : "Penser global"

 

Pour prolonger, un entretien de 2013 au Monde, toujours d'actualité car Edgar Morin garde toujours quelques stations d'avance "Il faut enseigner ce qu'est être humain" ...

 

Tout un programme non ? Ecce homo ...

 

 

 

 

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Edgar Morin : "Il faut enseigner ce qu'est être humain"

LE MONDE | 25.10.2013 Propos recueillis par Maryline Baumard

 

Edgar Morin, sociologue et philosophe, directeur de recherche émérite au CNRS, plaide pour une prise en compte de la complexité dans l'enseignement. 

 

Quelle est la mission des enseignants du XXIe siècle ?

La mission essentielle de l'enseignement est de nous préparer à vivre ! Or il manque à l'enseignement, du primaire à l'université, de fournir des connaissances vitales. Ainsi, on n'enseigne pas ce qu'est être humain : les savoirs sont dispersés et compartimentés dans les sciences humaines et les sciences biologiques. On enseigne le cerveau en biologie et l'esprit en psychologie, alors qu'ils ne font qu'un.

 

Vous souhaitez même qu'on enseigne dès le primaire des notions d'épistémologie : qu'est-ce que la connaissance ?

On donne des connaissances sans enseigner ce qu'est la connaissance. Toute connaissance est une traduction suivie d'une reconstruction cérébrale, qui subit le risque d'erreur et d'illusion. Pourtant, nous sous-estimons l'erreur dans nos vies privées et citoyennes. Quelle erreur ! Il faut enseigner la part de risque et d'illusions inhérentes à la connaissance. Cela a un sens dès l'école primaire, où on peut le faire à partir des erreurs et des élucidations de l'élève.

D'ailleurs, je trouve que, par la pluridisciplinarité de sa compétence, le maître du primaire est plus réceptif à l'interpénétration des connaissances que celui du lycée ou de l'université, jaloux de sa souveraineté disciplinaire.

On n'enseigne pas non plus la compréhension d'autrui et de soi-même, ce qui est également vital. Je pourrais continuer et citer les thèmes à introduire, comme l'affrontement des incertitudes ou la mondialisation.

 

Vous portez un regard sévère sur l'enseignement actuel...

Non. Triste. Il ne rend pas apte à traiter nos problèmes fondamentaux et globaux, alors que nous pourrions puiser dans l'acquis des disciplines les connaissances nécessaires. Les disciplines sont nécessaires, mais leur clôture est néfaste. La séparation des savoirs crée une nouvelle ignorance. Savoir les relier nécessite une connaissance qui réponde aux défis de la complexité de notre monde social et planétaire.

 

Un moyen d'intéresser des élèves qui, eux, ont cette conscience de la complexité ?

Les élèves ne peuvent qu'être intéressés par ce qui les inscrit dans l'univers physique et biologique, par ce qui les amène à découvrir la complexité humaine. Ainsi, la littérature contient non seulement de l'art, mais aussi des connaissances de nos vies subjectives et concrètes. Le roman a une supériorité sur les sciences humaines, qui abordent la réalité humaine de façon fragmentée et objectivée, comme extérieure à nous. Le roman est une évasion dans l'imaginaire, mais aussi un moyen de connaître la subjectivité humaine. Comme l'a dit le grand écrivain argentin Ernesto Sabato, « le roman est aujourd'hui le seul observatoire d'où l'on puisse considérer l'expérience humaine dans sa totalité ».

 

Et comment lancer une telle révolution ?

Il faut sans cesse s'appuyer sur une avant-garde agissante. Il n'existe jamais de consensus préalable à l'innovation. On n'avance pas à partir d'une opinion moyenne qui est, non pas démocratique, mais médiocratique ; on avance à partir d'une passion créatrice. Toute innovation transformatrice est d'abord une déviance. Ce fut le cas du bouddhisme, du christianisme, de l'islam, de la science moderne, du socialisme. Elle se diffuse en devenant une tendance puis une force historique. Il nous faut une révolution pédagogique équivalente à celle de l'Université moderne, née à Berlin au début du XIXe siècle. C'est cette université, aujourd'hui mondialisée, qu'il faut révolutionner, en gardant ses acquis, mais en y introduisant la connaissance complexe de nos problèmes fondamentaux.

 

 

Edgar Morin : liens

 

Tribune publiée dans le journal Terra Eco« Il n’y a pas de solution, mais il y a une voie »

 

Conférence donnée avec la Fondation des Sciences de l'Homme sur : « Penser global ».

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