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De la société digitale à la société neuronale (1/2)

 

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De la mue digitale dans les collectivités territoriales de proximité

 

Cette note est issue en partie d'une intervention que j'ai fait à un colloque organisée par la Fondation Internationale des Finances Publiques (Fondafip) à la Sorbonne, au nom de l'Association des Petites Villes de France, dont je suis référent numérique et dns lequel j'ai eu l'honneur de débattre avec Marcel Gauchet. Si la thématique proposée pouvait sembler pour le moins ésotérique : « l’impact du numérique et de la dématérialisation sur les finances publiques, aujourd’hui et demain … », les débats ont eux porté sur des questions très concrètes. 

 

 

Vu l’ampleur du tsunami numérique qui nous submerge, chacun mesure que rien ne sera plus jamais comme avant. La vague de fond digitale a rejoint le cercle fermé des rares "singularités » qui ont contribué à changer le cours de l’humanité depuis que l’homme s’est (é)levé pour entamer sa longue marche en avant.


Nul ne peut pressentir encore l’ampleur de tous les bouleversements à venir. Nous sommes le nez dans le guidon totalement déstabilisés par la "création destructrice », pour reprendre l’expression d’Edgar Morin pour le moins révélatrice de la grande métamorphose en cours.
L'ampleur du phénomène est telle qu'il serait erroné et réducteur de le considérer comme une simple évolution technologique. Notre société est confrontée de plein fouet à une véritable révolution anthropologique, globale et totale, qui certes discrète bouscule nos repères les plus fondamentaux : sociaux, géographiques, temporels ou identitaires.


Dans ce maelström, s'interroger sur les finances publiques peut sembler anecdotique.
Ce point demeure cependant central pour nos communes, tant il détermine leur capacité à agir, au présent comme au futur.
Faut il insister sur l’état de délabrement de beaucoup de collectivités suite aux baisses successives de dotations ? Soulignons que ces dernières ont pénalisé en premier lieu les communes les plus pauvres, illustration concrète des carences évidentes d'un système de répartition à bout de souffle.


Ce contexte anxiogène est aggravé par la raréfaction de l’argent public, qui provoque un véritable phénomène de "blood shift » territorial. Les ressources financières disponibles, plus rares, étant dirigés prioritairement vers les territoires considérés "vitaux" (telle les métropoles) au détriment de ceux délaissées de la France dite « périphérique » pour reprendre l’analyse du géographe Christophe Giuly.

Situation explosive pour la cohésion du pays, qui fait le lit des populismes et alimente les nombreuses fractures qui minent notre société, devenant de fait de véritables lignes de rupture. 

La numérisation émergente exacerbe les tensions déjà existantes et place nos collectivités déjà en état de stress face à un nouveau défi : réussir leur mue digitale.

Si les communes se doivent de demeurer des espaces de solidarité accessibles à tous, afin de permettre aux habitants largués de ne pas devenir des exclus et de se reconnecter, tout s’accélère : les cycles d’innovation se raccourcissent, les exigences des habitants « connectés » se font plus pressantes…

Confrontés aux injonctions paradoxales et contradictoires d’une société émiettée nos communes rencontrent les plus grandes difficultés à intégrer tout le potentiel du dividende numérique, elles subissent une accélération dans l’accélération d’une société en mouvement permanent et en perpétuelle transformation.
Contexte qui restreint l’horizon du champ des possibles au seul temps présent et limite considérablement les capacités d’adaptation de collectivités à la peine, aux bases fragilisées.

 

Quelques problématiques se révèlent cependant plus préoccupantes aujourd’hui, lesquelles ?

 

 

 

 

 

 

 

  • le débit des « tuyaux ». Toute collectivité ne peut se développer que si ses habitants et entreprises sont en capacité d’accéder au nuage (cloud) via le Très Haut Débit, inaccessible dans beaucoup de territoires faute de bande passante suffisante (TV, haute définition, objets connectés, streaming). L'accès au THD est une urgence républicaine, tant la citoyenneté en 2017 se doit d’être numérique sur l’ensemble du territoire national. Faut il souligner que le développement du THD ne se limite pas à la seule fibre, mais que ce déploiement peut s’appuyer également sur d’autres infrastructures tel le réseau mobile (4G et 5G)

 

  • la dématérialisation. Elle amène à repenser tout de fond en combles : procédures, organisations internes, nature des relations avec les citoyens … Elle se révèle très déstabilisatrice, du fait d’échelles de temporalité pas toujours compatibles quand elles ne sont pas contradictoires. Il est indispensable de préserver des espaces de « décélération », toute prise de décision responsable exigeant un temps nécessaire d’analyse, la mise en oeuvre de compétences souvent multiples et la prise en compte de différentes contraintes qu'elles soient logistiques, humaines ou juridiques. Il faut créer les conditions favorisant une réelle distanciation. Challenge complexe pour les petites villes tant il impose des personnels formés, la mise en oeuvre de nouveaux outils ou procédures «transverses», à assimiler, déployer et intégrer dans un contexte budgétaire stressant qui complique singulièrement la donne.

 

  • L’exclusion sociale. Chacun en est convaincu désormais, si l’on y prend garde, le numérique peut contribuer à mettre hors circuit ceux, qui pour différentes raisons, en sont exclus ou n’en maitrisent pas les codes. Le stade de la médiation numérique est à mon sens dépassé, nous en sommes à celui de la médiation sociale au sens le plus global, qui nécessite des personnels formés et devant être considérés comme de véritables tiers de confiance.

 

Si l’obligation de résultat s’impose à tous, celle des moyens alloués demeure à géométrie variable, que l’on soit riche ou pauvre, ce qui n’est guère républicain.

Nos communes sont confrontées à une révolution culturelle plus que technologique, devant passer d’un modèle «silo» à une organisation agile, systémique, transversale et globale. Il y a urgence tant le Big Data, l’intelligence Artificielle, les objets connectés s’implantent partout dans une ville certes plus « intelligente » mais également plus dépendante de la technologie en amont comme en aval … 


Dans cette marche en avant, ou tout semble s’emballer, il est important de préserver le sens de l’intérêt public confronté aux enjeux commerciaux des GAFA et consorts, de privilégier les valeurs républicaines qui sont nos fondations, de veiller au bon fonctionnement de notre modèle démocratique, au respect des personnes, à l’intégrité des données privés et plus que tout de prévenir tout risque d'exclusion sociale, un ensemble de facteurs qui impose de mettre en place les conditions d’une véritable régulation et médiation tant technique, juridique que sociale.


Il est cependant utile de se projeter au delà du court terme, histoire d’aller un peu plus loin dans l’analyse, d’explorer quelques pistes qui se présentent devant nous, quitte à remettre en cause bien des certitudes ou des postures, afin de repenser au modèle institutionnel le plus adapté à cette nouvelle donne.

 

C'est l'objet de la prochaine note ...

 

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